Idols, rejetons d’un monde qui ne tourne plus très rond.

Loin, très loin de nos stars occidentales, les idols japonaises tiennent davantage de la déesse que de la chanteuse. Elles font l’objet d’un véritable culte de la part d’un public majoritairement masculin. Inadaptés sociaux, reclus de la société ou anxieux maladifs et solitaires, ces derniers révèlent à eux-seuls le malaise profond gangrénant la société nippone.

« Ce n’est pas une tendance. C’est une religion.» Ainsi commence le film-documentaire TOKYO IDOLS que moi, petite fourmi, ai eu la chance de visionner lors d’une projection de presse.

Selon wikipédia, les idols sont de « jeunes artistes souvent très médiatisées, à l’image gaie et innocente (…) sous contrat pour une durée limitée pendant quelques mois ou années.»

    Néanmoins, après quelques recherches sur le sujet, je trouve cette autre définition plus proche de la réalité : « Une idole (ndl : religieuse) est une représentation matérielle d’une divinité qui fait l’objet d’un culte, comme la divinité elle-même.» On s’en rend compte dans le témoignage de certaines d’entre elles : « Mon chien m’a toujours idolâtré, mais je ne suis pas habituée à ce niveau d’adoration de la part des hommes.»

En effet, les idols japonaises n’ont rien à voir avec nos chanteuses occidentales. Leur popularité ne découle pas de leur talent, et la passion qu’elles inspirent n’a aucune mesure avec ce qu’on connaît. Il faut savoir que ces jeunes filles ne sont que des amatrices courageuses aux rêves démesurés, et certaines sont à peine pubères.

Alors, qu’est-ce qui les rend si populaires ? Comment cette industrie peut-elle générer 1.3 milliards de dollars (environ 1.1 milliard d’euros) l’année ? Et qu’est-ce qui peut bien justifier qu’on dépense 1350 € par mois en concerts et produits dérivés, comme ce cinquantenaire japonais ? Ca vous entortille les antennes, hein ?

Selon Kyoko Miyake, la directrice du film TOKYO IDOLS, ces jeunes filles souriantes répondent à une sorte de ‘little girl fantasy’. En effet, « les hommes japonais aiment les femmes encore en développement. Ils apprécient leur innocence, leur fragilité, leur pureté, mais aussi leur capacité à leur apporter du réconfort par leur joie de vivre et par certaines paroles récurrentes de leurs chansons _par exemple : ‘tu n’es pas seul, tu es génial tel que tu es’.

   C’est sans doute lié au fait qu‘ils portent toujours en eux l’idéal de la femme japonaise traditionnelle _dont le rôle est de prendre soin des hommes et de les mettre à l’aise. Du coup, comme le dit ce créateur de musique : « ils ont peur que ces fillettes, dont ils vénèrent la pureté et la virginité, ne deviennent des femmes fortes en prenant de l’âge » à l’image des japonaises émancipées de notre époque, qui les intimident. On peut expliquer ce comportement par « la faible estime de soi des hommes japonais d’aujourd’hui_causée par une économie qui stagne depuis longtemps. Ils se sentent donc plus en confiance avec des filles qu’ils peuvent encore dominer. » D’autre part, beaucoup pensent qu’ils devraient être aimés et appréciés sans avoir à faire d’efforts, comme au bon vieux temps.

Ce raisonnement se trouve confirmé par le témoignage de certains fans, qui préfèrent se réfugier dans l’univers fantasmé des idols plutôt que de s’encombrer d’une copine ou d’une épouse. « Une copine, c’est beaucoup d’ennuis, ça coûte de l’argent, et puis je préfère garder ma liberté », explique cet étudiant. « On ne reçoit pas d’attention particulière d’une idol, donc il n’y a aucune pression, et on n’a pas peur d’être rejeté », précise celui-ci. « J’ai aimé une femme autrefois, et j’ai mis beaucoup d’économies de côté pour l’épouser. Mais elle s’est mariée à un autre… Alors j’ai dépensé quasiment toutes mes économies pour soutenir une idol en devenir. J’ai dû assister à environ 700 concerts », raconte Koji, 43 ans.

Et pour certains fans (comme Koji) le courage et les efforts déployés par leur idol les a aidés à avancer dans leur vie : « En aidant Rio à réaliser son rêve de devenir idol, j’ai l’impression que je peux aller plus loin dans ma vie. J’ai notamment arrêté mon boulot médiocre de ‘salaryman’ pour lancer mon entreprise ! »

Les fans d’idols trouvent également un remède à la solitude au contact de leurs pairs : « Avec les autres fans, je n’ai pas à me soucier de positions hiérarchiques ou d’obligations sociales. Si je ne venais pas aux concerts, je serais sans doute toujours tout seul. »

   Ils trouvent aussi une forme de romance auprès de leurs idols. Certains fans possèdent des albums entiers de photos prises avec leur idol, lors des rencontres qui suivent les concerts live, et ils leur offrent des cadeaux. Quant aux poignées de main qu’ils échangent avec elles, il s’agit d’un contact très intime pour eux, presque sexualisé, au point qu’elles étaient interdites jusqu’à récemment. Néanmoins, tout est bien réglementé, et les fans ne se font aucune illusion par rapport à leur idol : ils savent parfaitement qu’il ne se passera jamais rien dans la réalité.

D’ailleurs, leurs fans sont pour la plupart de gentils associaux. Une maman d’idol les compare même à des papas-gâteau venus soutenir leur fille à un spectacle de danse. Ils inventent même des chorégraphies appelées wotagei (Quelques vidéos ICI et LA ) à réaliser en groupe afin de les encourager plus efficacement ! Ils ont presque l’air de retomber en enfance à leur contact. Et même si certaines idols sont souvent intimidées par ce public à leurs débuts, elles s’habituent assez vite : « Au début, j’étais effrayée (…) mais maintenant, je me sens plus détendue, car même s’ils ont l’âge d’être mon père, ils sont tous gentils. Je les considère comme mes enfants. Je les aime tous, et je veux qu’ils m’apprécient. »

   Pour les Québécois curieux, je vous conseille vivement d’aller visionner TOKYO IDOLS, qui sortira sur grand-écran le 28 juillet 2017 (Cinématèque Québecoise, Cinéma Le Clap, Cinéma du Parc). Et pour les français, le film sera peut-être diffusé à la TV plutôt qu’au cinéma (à confirmer).

   J’ai trouvé ce long-métrage très intéressant et même touchant, et j’ai vraiment apprécié qu’il sache rester dans la neutralité : il observe et analyse le phénomène des idols sans jamais porter de jugement, contrairement à la plupart des ressources qu’on peut trouver sur le sujet. En effet, on n’entend souvent parler des idols qu’à travers les agressions et les scandales, d’où les préjugés qu’on finit par nourrir à leur sujet. Et ça fait plaisir d’avoir une analyse plus neutre et approfondie de cet univers, qui dévoile des problèmes de société bien différents.

Pour en savoir plus sur les idols (leur historique, et le côté sombre de cette industrie) :

http://www.mandorine.fr/guide-pour-la-comprehension-des-japan-idols

https://www.kanpai.fr/societe-japonaise/idol-ou-femme-objet-japonaise

http://jpninfo.com/12837

Cet article, publié dans Problèmes de société, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Idols, rejetons d’un monde qui ne tourne plus très rond.

  1. Mamy Brigitte dit :

    Par un de mes fils , Steward donc, qui voyage beaucoup, j’avais entendu parler de ces goûts et habitudes des Japonais pour ce côté  » bling bling » et ces jeunes filles qui vivent dans un monde irréel, pensant y trouver réussite et gloire …
    Cet article de votre blog explique bien cette dérive. .. je n’ ai pas encore tout lu aussi je vais revenir dessus.
    Merci , grâce à vous j’apprends beaucoup.

    • Ary dit :

      Bonjour ! Et merci pour ce petit mot.

      Je suis ravie de savoir que l’article vous a plu 🙂 Comme ce phénomène n’existe pas en France, j’ai pensé qu’il serait intéressant d’en parler.

  2. Anonyme dit :

    Je crois qu’il y a une faute hihi
    on n’entend -> On entend

    Mais sinon, super article :3 !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s