Les Kyotoïtes, snobs et mystérieux ?

1188079_c921ce4363_oA travers le Japon, il se dit (entre autres) que les Kyotoïtes sont des gens assez snobs, très fiers de leurs origines, et surtout très indirects dans leur façon de s’exprimer. Jamais de ligne droite dans l’ancienne capitale ! Ici, on préfère apparemment les détours et autres circonvolutions. En gros, on aime bien tourner autour du pot.

Il y a même une petite histoire emblématique à ce sujet. Cette histoire s’appelle « Ochazuke », ce qui désigne le nom d’un plat traditionnel japonais.

12419524444_9b74f4997a_bL’Ochazuke est un simple bol de riz sur lequel on verse un peu de thé bouillant. On peut éventuellement y ajouter quelques condiments (umeboshi, nori, sésame, wasabi…) Un plat tout simple et frugal, qui permet notamment de finir le reste de riz du repas précédent. Mais là n’est pas la question.

444199550_8344522275_bA Kyoto, depuis toujours, on prend grand soin de maintenir de bonnes relations sociales avec son entourage. On raconte ainsi que lorsqu’une personne vient rendre visite à une connaissance dans la matinée, cela donne lieu à un rituel un peu particulier. L’invité est toujours accueilli dans le foyer avec convivialité. Puis, lorsque le repas de midi approche, l’hôte demandera au visiteur s’il souhaite prendre un petit encas. Il s’excusera, en précisant qu’il n’a que de « l’ochazuke » à disposition, et en proposera à son invité.

Attention ! Ceci est un piège. Et l’invité Kyotoïte en est tout à fait conscient ! « Souhaitez-vous un peu d’ochazuke ? » est en fait une sorte de code implicite qui signifie « Il commence à se faire tard, il serait temps que vous rentriez chez vous ». Lorsque l’invité entend cette question, il est censé refuser poliment et prendre congé en s’excusant. Ceux qui ne comprennent pas le message caché et acceptent la collation sont considérés comme des « malotrus », ou comme des « péquenots », pour reprendre l’expression utilisée par M. Hasegawa, l’un de mes élèves de français (celui qui m’a gentiment confié cette histoire. C’est un Kyotoïte, d’ailleurs).

5164611425_168a6729a5_b« Tu les vois tes chaussures là dehors ? Elles sont belles, n’est-ce pas ?

 Tiens, d’ailleurs, quelle heure est-il ? Oh la la déjà ! Il se fait tard, non ? »

D’un autre étudiant, j’ai entendu une histoire similaire : quand un hôte Kyotoïte renverse discrètement son balai et l’installe la tête en bas dans le vestibule, cela signifie qu’il est temps de partir…

Mais comme l’a précisé Hasegawa-san, ce ne sont que des histoires… Dans la réalité, ça ne se passe bien sûr pas comme ça. Néanmoins, il y a quand même une part de vérité : les Kyotoïtes sont en effet réputés pour leur façon de parler très implicite et indirecte. Ils s’expriment souvent par sous-entendus, et même pour les autres japonais (qui n’aiment pas non plus parler de façon trop directe) ce n’est pas forcément facile à décoder.

14921756253_0d679a594e_kSelon une 3ème élève, cette attitude bien Kyotoïte puiserait sa source dans l’Histoire. A l’époque où Kyoto était encore le siège de l’empereur, plusieurs clans ou grandes familles 4233134849_fff78c9855_bse partageaient le pouvoir. Il était alors difficile de savoir à qui se vouer. Soutenir l’un de ces clans plutôt qu’un autre était dangereux : en cas d’affrontement, une erreur de jugement pouvait coûter cher.

Aussi, les Kyotoïtes auraient appris à camoufler leurs opinions, à tout dire à demi-mot, à deviner, faire deviner, à abuser de sous-entendus. Ainsi, pas de prise de position officielle, tout le monde reste flou et ne s’en porte que mieux. Avec le temps, la communication non-verbale est devenue tout un art, à Kyoto.

52017c50aafe7b4e988b3f458b14f4d1-d4lsfoiTout cela me laisse penser que je n’ai jamais fini d’apprendre. La maîtrise du japonais ne suffit plus. Il faut aussi réussir à lire dans les pensées ! Heureusement, j’ai deux super antennes pour m’aider. Vous êtes jaloux ? C’est normal. Et non, je ne vous les prêterai pas 😉

Quoiqu’il en soit, si vous venez à Kyoto, méfiez-vous de « l’ochazuke » ! Ce plat de riz est plus traître qu’il n’y parait.

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3 commentaires pour Les Kyotoïtes, snobs et mystérieux ?

  1. Christophe dit :

    勉強になりました。ありがとうございます!

  2. ARSENE dit :

    こんにちは あり ちゃん 。Nouvel arrivé sur ton blog, je le lis avec énormément de plaisir. Il est bien différent de ce qu’on peut trouver par ailleurs. Cet article est très intéressant, おめでと ございます 。J’habite à Kyoto et je commence à découvrir la complexité des relations entre Kyotoites. Autant dire que leurs relations avec nous étrangers ne doivent pas être faciles à décrypter. As-tu réussi à établir une relation vraie avec une fourmi de KYOTO ?

    • Ary dit :

      Bonjour ! Et merci pour tes encouragements ^-^ Ca fait toujours plaisir à lire !

      Oui, j’ai pu me faire quelques amis japonais. Mais vraiment, pas beaucoup. De « vrais » amis, en tout cas. C’est plus facile de cibler des fourmis qui ont déjà vécu un peu de temps à l’étranger, ou qui s’y intéressent de près. Sinon, il y a vraiment trop d’incompréhension et les échanges restent superficiels…
      Et toi, as-tu réussi à nouer des liens ? Depuis quand vis-tu à Kyoto ?
      Et toi, as-tu

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