Les Japonais connaissent-ils leurs kanji ?

On parle beaucoup de la difficulté pour les étrangers à apprendre et retenir les kanji. Mais qu’en est-il des Japonais ? Sont-ils tous vraiment à l’aise avec leur système d’écriture ? Existe-t-il des Japonais illettrés ? Une nouvelle enquête pour Ary la fourmi…

Avant de commencer, petit rappel concernant le système d’écriture japonais (ceux qui veulent passer directement aux témoignages, cliquez ici 😉 ) :

Il existe 3 alphabets différents : 2 syllabaires appelés « kana »  (hiragana + katakana) et des caractères chinois (ou sinogrammes) appelés « kanji » portant chacun un ensemble de sens et de lectures.

Les hiragana et katakanas (issus de kanji simplifiés) sont les premiers caractères que les enfants apprennent. Chacun correspond à une syllabe. Les premiers servent surtout en grammaire et pour les rares mots ne possédant pas de kanji. Les seconds, plus épurés et anguleux,  sont utilisés pour retranscrire les sons des mots étrangers. Par exemple : les noms de pays, plats, marques ou bâtiments célèbres…

Les kanji ont été progressivement empruntés aux Chinois (le terme kanji 漢字 signifie d’ailleurs “caractère chinois”) entre le V et VIIème siècle, car il n’existait pas de système d’écriture au Japon avant ça. Avec le temps, beaucoup de modifications de lecture et d’écriture ont été effectués côté japonais.

« D’autre part, s’il existe entre 40 000 et 60 000 sinogrammes (dont 3000 à 5000 utilisés quotidiennement en Chine), le japonais n’en utilise que 2 000 à 3 000 dans la vie courante. Enfin, il en existe plusieurs catégories : les pictogrammes, les idéogrammes (simples et complexes) et les idéophonogrammes — raison pour laquelle j’ai arrêté d’utiliser le mot « idéogramme » pour désigner les kanji.

Le système Jôyô correspond aux 2136 kanji d’usage commun que tous les japonais sont censés connaître en sortant du secondaire. Il suffit pour pouvoir lire le journal.

– Précisons enfin qu’un kanji peut avoir plusieurs lectures possibles : une lecture japonaise (kun’yomi) et une ou plusieurs lectures chinoises (on’yomi). Compliqué ? D’un côté, quand on utilise le système d’écriture d’une langue qui n’a rien à voir avec la sienne, il faut bien s’attendre à quelques difficultés…

Parenthèse sur l’enseignement des kanji au Japon

Les petits japonais commencent par apprendre à lire et tracer les kana dès la maternelle.  Puis, au cours de leurs 6 années de primaire, ils apprennent un peu plus de 1000 kanji (1006 pour être précis). La quantité à connaître est fixée pour chaque année scolaire (80 la première année, 160 la 2ème, et environ 200 les suivantes).

Dans un papier très complet sur le sujet, Christian GALAN parle d’un système d’apprentissage très rigide et standardisé : les instituteurs sont obligés d’utiliser les manuels autorisés par le ministère de l’Éducation, et donc la même méthode d’enseignement de la lecture/écriture. L’objectif ? Que les élèves du pays tout entier progressent d’un même pas et reçoivent un enseignement de la lecture/écriture le plus identique possible.

Cet enseignement fait la part belle à la « mémoire de la main », qui aide grandement à retenir chaque kanji, sa graphie, ainsi que l’ordre de tracé. En effet, si on demande aussi aux élèves de lire à voix haute et faire de la retranscription hiragana/kanji, il doivent surtout remplir des colonnes et des colonnes de sinogrammes. Toutefois (et surtout les premières années) les professeurs présentent aussi des moyens mnémotechniques, imagés et ludiques pour mémoriser les kanji, comme montré dans cet article.

En tout cas, il s’agit d’un apprentissage long, qui s’étale sur l’intégralité du primaire et secondaire. Et même s’il existe des écarts (parfois importants) entre les élèves concernant la maîtrise de la lecture, le taux d’illettrisme au Japon semble assez faible, même s’il n’est pas mesuré précisément. Par contre, avec l’avènement des nouvelles technologies, la plupart des Japonais perdent l’habitude d’écrire les kanji à la main. Beaucoup se retrouvent à vérifier sur leur téléphone comment écrire tel ou tel caractère oublié, et certains ne sont même plus du tout capable d’écrire à la main.

Les témoignages

Shion : « Comme je vis en France depuis petite, ma grand-mère m’écrivait souvent. Alors qu’elle utilisait normalement les kanji dans ses lettres, avec l’âge, elle s’est mis à les oublier progressivement pour ne plus utiliser que des hiragana. »

Mika (environ 30 ans): « En général, je n’ai aucun problème pour la lecture, même si je lis assez peu – je préfère les vidéos. En revanche, il m’arrive parfois d’oublier comment écrire certains kanji, donc je les tape sur mon téléphone pour vérifier leur graphie.  »

Mitsuko (environ 65 ans) : « Il y a souvent des caractères que je n’arrive pas à lire. Dans ce cas, je les ignore juste… Je me contente de saisir le sens global des phrases. »

Sanae (environ 35 ans) : « Il m’arrive assez rarement d’oublier des kanji. Par contre, il y a des lectures que j’ai mal appris dès le début et pour lesquels je continue à me tromper. Par exemple le mot 凡例 (= légende, note) se prononce normalement « hanrei », mais j’ai toujours envie de le prononcer « bonrei », car « bon » est une lecture fréquente pour le premier kanji.

« Ce qui est amusant, c’est que je ne fais pas seulement l’erreur à la lecture : je me trompe aussi quand je parle ! Car lorsque je forme mes phrases, je visualise dans ma tête les kanji des mots, et les prononce tels que je les vois. Or, si je connais mal la lecture d’un mot, je le prononce mal aussi. Et puis je ne suis pas la seule, j’ai une amie qui fait le même genre d’erreurs, à la lecture comme à l’oral. C’est différent pour les occidentaux ? Vous ne visualisez pas les lettres de chaque mot quand vous parlez ? C’est intéressant.  »

Hisao (la soixantaine) : « Il m’arrive parfois de tomber sur des kanji que je ne connais pas et ne sais pas lire. Mais d’un côté, je lis surtout des livres historiques avec du vocabulaire bien spécifique ou qui utilisent du japonais plus ancien… »

Hana (environ 40 ans ?) : « Je n’ai aucun problème pour lire les kanji, par contre je n’aime pas du tout la façon d’écrire de certains journaux. Par souci de se rendre accessibles au plus grand nombre, ils remplacent les kanji qui sortent du système Jôyô par des hiragana, et je trouve ça horrible. Par exemple, le mot 効果覿面 (= avoir un effet immédiat) : comme 覿 ne fait pas partie du système Jôyô, le mot sera écrit 効果てき面. C’est moche, et ça rend la lecture beaucoup moins intuitive… Même si je me suis habituée, j’aimerais qu’ils arrêtent de faire ça. »

Shigenori (la soixantaine) : « Jaime les kanji car ils se lisent instantanément. Comme chaque caractère est porteur de sens, la signification de chaque mot saute aux yeux comme s’il s’agissait d’une image. Alors que les mots écrits en hiragana prennent plus de temps à déchiffrer car il faut procéder caractère par caractère. »

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Quelques liens pour approfondir le sujet :

Une liste détaillée des kanji du système Jôyô classés selon les années d’apprentissage au Japon, avec les traductions en français.

Petite BD humoristique concernant les alphabets japonais.

Une vidéo qui montre l’origine des hiragana, à partir de kanji.

Histoire de l’apparition et des origines des kanji (en anglais), ou pourquoi il a fallu tuer beaucoup de tortues pour que naissent les kanji. Note : les kanji  « square style » correspondent à la forme utilisée au quotidien.

Wanikani : la meilleure méthode que moi et Gatô avons trouvé et utilisons pour mémoriser les kanji. Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à les préciser en commentaire !

– Globalement, tous les liens attachés à cet article sont intéressants en soi !

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La liberté au bon parfum d’ordures

Rencontre impromptue dans un café. Un inconnu entre deux mondes. Et puis ses racines, qui le ramènent toujours chez lui. ­ Une longue réflexion sur l’expatriation, l’éducation, la liberté, et les déchets jonchant la voie publique.

Inconnu : – Vous venez d’où ?

C’est ainsi que m’aborde le japonais d’une quarantaine d’années assis à ma droite dans un café du centre de Kyoto. Pas même bonjour, juste cette question récurrente et facile lorsqu’on se tourne vers un Occidental au Japon. Je ne connais même pas son nom, ni lui le mien.

Ary : – De France. Mais j’habite ici, maintenant.

Inconnu :  – Ah, la France… C’est un peu sale la France, non ?

Ary : – Euh oui. Surtout Paris !

Inconnu – Oui… Mais le gouvernement ne fait rien pour ça ?

Ary : – Mm… Je ne pense pas que ce soit la responsabilité du gouvernement. Ce sont plutôt les gens qui sont mal élevés et pas respectueux, à mon avis. C’est peut-être lié à notre individualisme ?

Inconnu : – Oui, mais s’ils se permettent de jeter des trucs par terre, ça veut dire qu’ils sont libres ! Ici au Japon, l’éducation et la société sont vraiment sévères. Vous savez ce qu’ils font les Japonais dans la rue ? S’ils trouvent des ordures, ils les ramassent, et les gardent jusqu’à ce qu’ils trouvent une poubelle où les jeter, ou jusqu’à chez eux s’ils n’en trouvent pas… Et les poubelles ici, il y en a vraiment peu…

Ary : – C’est vrai… Mais je crois que je préfère ça à la saleté de Paris.

Inconnu : – Je ne sais pas… J’aime bien la liberté.

Ary : – Il n’y aurait pas un juste milieu ? Entre l’extrême de Paris et le Japon ?

Inconnu : La Suisse, peut-être ? En tout cas, je pars m’y installer dans 2 mois, pour 2 ans. Comme vous, j’ai aussi un travail que je peux exercer de n’importe où : je suis ingénieur hardware. Et j’ai pas mal bougé déjà dans ma vie.

Ary : – Où êtes-vous allé ?

Inconnu : – J’ai habité quelques temps aux US, dans le New Hampshire. Il n’y a vraiment rien là-bas, c’était ennuyeux… On peut conduire pendant des heures, sans que le paysage ne change. Ensuite, j’ai vécu à Londres. J’habitais dans l’ouest, qui était plus pauvre, sombre et beaucoup moins intéressant culturellement que l’Est. Et puis la météo me déprimait…

Alors j’ai essayé le Cap, en Afrique du Sud. J’y suis resté 5 ans ! C’était dangereux, car beaucoup de gens sont armés et violents. Le racisme anti-Chinois est très présent. Autant les blancs arrivent à les distinguer des Japonais, autant les noirs semblent moins habitués… C’était bien sale, là-bas aussi. Mais au moins, je me sentais vraiment libre ! Et c’était bien.

« En France, les gens sont toujours optimistes, n’est-ce pas ? Je vous envie pour ça.

Je manque de m’étouffer dans mon matcha latte.

Ary :Les Français, optimistes ? C’est plutôt l’inverse. Les Français sont d’éternels insatisfaits. Mais je dois reconnaître que c’est aussi ce qui fait leur force. Ils n’acceptent pas l’injustice et n’hésitent pas à descendre dans la rue pour exprimer leur mécontentement.

Inconnu :Au Japon, les gens obéissent toujours sans discuter et remettent rarement en question les décisions du gouvernement. Je n’aime pas ça… C’est la culture de groupe, les Japonais sont très sévèrement éduqués et disciplinés. C’est un des côtés sombres du pays… Mais il faut reconnaître que ça a aussi du bon : c’est grâce à ça si le Japon est aussi sûr, l’atmosphère aussi zen, et les relations aussi harmonieuses entre les gens.

Ary : – Oui, c’est en partie pour ça que j’aime vivre ici. Mais seulement en tant qu’étrangère. Je n’aimerais pas être japonaise, et soumise aux mêmes chaînes et règles sociétaires que les gens nés ici. Je fais de mon mieux pour ne pas faire de vagues, mais personne ne s’attend à ce que je rentre dans le même moule.

Inconnu : – Je comprends totalement. Au final, on va toujours chercher ce qu’on n’a pas ailleurs, n’est-ce pas ? Moi c’est la liberté. Malgré tout, je n’ai jamais vraiment réussi à me débarrasser de mon éducation japonaise. La vérité, c’est que j’envie les salarymen…

Ary : – Pardon ??

Je repose ma boisson sur la table pour éviter une nouvelle catastrophe.

Inconnu : – Oui… Ces cadres au travail stable, toujours en costume, qui font les trajets domicile-entreprise chaque jour. Mais je ne suis jaloux QUE de ceux qui sont riches et satisfaits de leur situation. Car il y en a un tas qui ne sont pas heureux… Moi je suis libre, mais je me suis tellement éloigné du système classique que j’ai hérité de tout plein d’angoisses en échange
Mais vous savez, j’envie encore plus les européens que les salarymen japonais. Les Français, par exemple. Ils semblent libres, et contents de l’être. C’est naturel pour eux, ils ne sont pas angoissés à cette idée. N’est-ce pas ?

Ary : – Tout le monde a ses démons. Les Français aussi. Ce ne sont peut-être pas les mêmes, mais ils ne sont pas épargnés. Pourrais-je vous demander ce qui vous a poussé à vous détacher de vos racines et d’un mode de vie stable ?

Inconnu : – Ca m’a pris du temps. Je n’ai vraiment réussi à couper le cordon qu’à mes 35 ans ! Déjà enfant, j’avais déjà l’impression d’étouffer car mes parents étaient très sévères. Pour tenir le coup, je me contentais de faire semblant d’obéir… Et puis à l’école, et ensuite au travail, je me sentais emprisonné. Je voulais m’enfuir, mais j’avais peur… D’être ostracisé, ignoré, ou harcelé par les autres si je choisissais une voie différente. C’est bête, mais j’avais même peur de me faire tuer si je déviais du chemin. En tout cas, c’était difficile, mais j’ai fini par partir…

Il reste songeur quelques instants.

Inconnu : – Est-ce que je peux vous poser une question bizarre ?

Ary : – Allez-y.

Inconnu : Il m’arrive souvent de prier les dieux Shinto. Ça m’apaise. Je me demandais si les Suisses connaissaient cette religion ? Par exemple, s’ils me voient prier devant un arbre, qu’est-ce qu’ils penseraient ?

Ary : – Je pense qu’ils trouveraient ça étrange, mais qu’ils seraient juste curieux.

Inconnu : – Ah, je vois. Et… si j’enlace l’arbre, ma joue contre le tronc ?

Ary : – Là par contre, ils vous prendraient sans doute pour un fou !

Il se met à rire franchement.

Inconnu :Et… si je touche juste l’arbre ? Avec ma paume, comme ça ?

Ary : – Ca, je pense que ça passe.

Il semble rassuré. Il range ses affaires, calmement. Puis il hisse son sac sur son dos.

Inconnu : – Bon. Eh bien… Je dois y aller. Merci pour cette discussion, et peut-être à une prochaine fois, quelque part !

Un geste de la main, et le voilà parti.


Quelques liens bonus pour les curieux :

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Ary se lance sur Twitter !

Pour répondre à la demande de certains lecteurs, voici quelques jours qu’Ary a fait ses débuts sur Twitter ! Le contenu n’est pas encore très riche et ses followers se comptent sur les doigts d’une main, mais il faut bien commencer quelque part… Et si vous alliez la soutenir ?

Au programme sur Twitter :

  • L’annonce des nouveaux articles.
  • Recueils de témoignages ou d’idées de sujet pour le blog.
  • Tweets plus persos sur des la vie quotidienne à Kyoto (anecdotes insolites, photos…)
  • Retweets de contenu intéressant sur la culture et la société japonaise.

La fréquence des tweets dépendra évidemment de mon emploi du temps, qui n’est pas toujours de tout repos ! (Hélas, je ne suis pas blogueuse à plein temps ><)

Yoroshiku onegai shimaaaasu / よろしくお願いしまーす!

@AryFourmi

 

 

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Porter le kimono sans paraître ridicule ?

Les Kimonos, c’est super beau (la preuve, ça rime). A tous ceux qui rêvent d’en porter mais n’osent franchir le seuil de chez eux ainsi vêtus, cet article est pour vous ! Ari est passée par là, a testé pour vous, et en est revenue. Voici ses suggestions…

La pudeur n’est pas le propre de l’humain : j’ai beau être une fourmi, je vous assure qu’il n’a pas été facile de porter mon premier kimono en public (ni les suivants, d’ailleurs).  Les Japonais me semblent assez prompts au jugement concernant les apparences, et j’ai toujours craint d’avoir l’air ridicule (même si certaines vidéos prouvent le contraire) ou de passer pour la gentille-touriste-otaku-fanatique. Certains s’en fichent et osent (et méritent au passage toute mon admiration !). D’autres, comme moi, cherchent les bonnes occasions pour sortir leur kimono du placard. Pour ces gens-là, voici quelques conseils :

Si vous êtes (ou prévoyez d’aller) au Japon :

Passer une nuit dans un ryôkan (auberge traditionnelle) : c’est là que j’ai porté mon premier Yukata en 2010 ! C’est sans doute l’option la plus facile, car les ryôkan fournissent à leurs hôtes des Yukata d’intérieur. Simples, légers et noués d’un cordon épais, ils se portent comme une sortie de bain, à la différence qu’ils ne sont pas réservés à la chambre à coucher : on peut les porter partout dans l’auberge et dans la salle commune lors des repas. Dans ces conditions, se balader en yukata ne fera pas de vous un extraterrestre, ce sera juste normal.

Faire un séjour linguistique au Japon : j’ai porté mon premier « Yukata d’extérieur » lorsque j’étais étudiante à Tokyo en 2012. En effet, la plupart des écoles proposent au moins une fois dans leur cursus (souvent en été) une activité « sortie en yukata » . Le staff vous aide à le mettre, vous accompagne à un festival et vous mitraille de photos. Comme vous n’êtes pas seuls, c’est plus facile…

– Forfait Kimono/Prise de vue : l’option parfaite pour les timides prêts à mettre la main au portefeuille. Perso, je n’ai jamais testé. Mais j’ai vu tellement d’annonces proposant ce genre d’offres que je me sens obligée d’en parler ici : vous payez un photographe, il vous propose un choix de kimono, vous êtes maquillé (ou pas), il vous fait poser en studio ou en extérieur, et vous rentrez avec de jolies photos. Une simple recherche Google m’a sorti plein de liens. En voici quelques-uns : Rakoo, Kimono Photo Shoot Wa, Yumeyakata.

– Procurez-vous un Yukata/Kimono et participez à un matsuri (festival) : option réservée aux courageux. Un Yukata s’achète entre 30 à 100 euros et se loue pour 30/40 euros la journée. Pour le matsuri, je vous conseille un festival d’été ou un feu d’artifice car 1. TOUT le monde sera en Yukata et 2. Il fera nuit. Sinon, allez faire o-hanami sous les cerisiers ! Ou admirer les momiji à la fin de l’automne. Comme beaucoup de gens revêtent leurs kimonos/yukata à ces occasions, vous pourrez vous fondre dans le décor. Et si vous êtes VRAIMENT pudiques, allez-y en tenue normale et changez-vous dans les toilettes du konbini le plus proche (méthode testée et approuvée par Ari. * toux gênée *).

Si vous êtes au France (ou ailleurs) :

– Participez à la Japan Expo : c’est l’option la plus facile pour porter un Yukata/Kimono en extérieur sans avoir l’air étrange. Soit vous y allez directement habillé (cette semaine-là, vous serez loin d’être le/la seul(e) déguisé dans le métro parisien…), soit vous testez sur place les ateliers d’essayage (la Yuai Association, où je faisais du bénévolat autrefois, en propose maintenant chaque année. Vous pouvez les suivre sur Facebook ! ).

– Remplacez votre peignoir ou pyjama par un Yukata : si vous n’avez pas besoin de franchir le seuil de chez vous, ce n’est pas votre baignoire ou votre lit qui vont vous juger.  En revanche, votre partenaire de baignoire ou de lit, oui. Si c’est un problème, achetez-en en double, et portez-les en amoureux ?

– Portez des Kimonos/Yukatas revisités : le Japon est à la mode en France. Profitez-en ! Par exemple, connaissez-vous le kimono cardigan ? Cette boutique française en propose à des prix très raisonnables : Kimono-Obi. En plus de yukata plus traditionnels à porter chez soi, vous y trouverez aussi des T-shirt, shorts ou sweat à capuches japonisans. Comme ils sont tous jeunes sur le marché, ils soldent leurs produits en ce moment (Et pssst, comme c’est des amis, si vous passez par ce lien et précisez le code promo « ARYLAFOURMI10 » , vous aurez 10% de réduction en plus ! Petite équipe de 3 passionnés, ils sont sur-motivés et oeuvrent à populariser le kimono en Europe. Encourageons-les !).

Pour les super-motivés-de-la-mort

– Faites comme nous, mariez-vous au Japon ! Attention, c’est le mode hard-core. Vous devrez d’abord passer par un Wedding Planner (結婚式相談センター), puis un organisme qui sera votre interlocuteur pour personnaliser votre cérémonie (choix des tenues, fleurs, invitations, repas, gnagnagna, etc…). Bon par contre, si vous ne parlez pas japonais du tout, je vous conseille de vous faire accompagner.

Personnellement, nous sommes passés par la companie Zexy (ce nom…) pour la planification, puis par le Rakuto Geihinkan (une ancienne demeure de ministre) comme organisme et lieu de cérémonie. Ce n’était évidemment pas donné, mais le personnel a été génial et s’est occupé de tout. Reste aussi à convaincre vos invités de faire le déplacement ! Ce n’est pas permis à tout le monde de prendre une semaine de vacances et se payer un aller-retour au Japon…

En cadeau pour vous, une photo de moi et Gâto en mars dernier :

(Oui oui, c’est vraiment nous, promis !)

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Petites arnaques et absurdités de l’immobilier au Japon

Vous êtes étranger ? Vous cherchez à vous loger au Japon ? Brisez donc cette tirelire, et armez-vous de patience ! Entre le coût exorbitant d’un emménagement et les formalités non-adaptées aux étrangers, vos tourments ne font que commencer. Petites anecdotes croustillantes de nos mésaventures…

Gâto et moi venons de signer le bail de notre nouvel appartement. Nous déménageons dans une semaine. Et ce n’est PAS TROP TÔT.

Salut salut !

Lassés de notre 2 pièces pour étrangers*, nous avons cherché mieux dès la validation de nos VISA longue durée. A l’époque, nous ne savions pas encore dans quelle galère nous avions mis les pieds (ICI Pour en savoir plus).

Maintenant que j’y repense, l’image d’une piscine peuplée de requins au sourire dentifrice me vient de suite à l’esprit… Voici donc pour vous quelques extraits de nos déboires.

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L’agent 1 est un petit homme à lunettes au rire forcé très agaçant.

– Agent 1 : Oui bien sûr, nous pouvons vous présenter une agence de garants.

– Ari : Super ! Pas besoin de garant dans ce cas, n’est-ce pas ?

– Agent 1 : Euh… En fait si.

– Ari : Ah bon ? Mais à quoi sert l’agence alors ?

– Agent 1 : La plupart des proprios réclament les deux : un garant et la souscription à une agence de garants. Il y a très peu d’appartements pour lesquels un vrai garant n’est pas requis.

– Ari : Et le garant doit-il absolument être japonais ?

– Agent 1 : Ca peut aussi être un étranger avec VISA permanent.

– Ari : Et un japonais qui vit en France ?

– Agent 1 : Non, ça ce n’est pas possible.

– Ari : Ah… Mais comment fait-on quand on est étranger ? C’est une grosse responsabilité, c’est délicat de demander ça à ses amis…

_ petit rire gêné de l’agent_ (comprendre : j’en sais rien, et je m’en cogne.)

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– Agent 1 (le même) : Ah, vous voulez un chat ?

– Ari & Gatô : Oui.

– Agent 1 – Ca va être difficile. Très peu de logements acceptent les chats au Japon.

_Il pianote sur son clavier _

– Agent 1 :Vous ne voulez pas un chien plutôt ? Vous êtes sûrs ?

– Ari & Gâto: …oui.

_Il pianote encore un peu _

– Agent 1 : Mais vous êtes sûrs à combien de pourcents ? 80% ? 50% ? Vous l’avez déjà ?

– Ari & Gâto:

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– Agent 1 (toujours le même) : Voici le devis pour l’appartement choisi. Il y a donc le loyer pour juin… 1 mois de loyer de garantie. 1 autre mois de loyer de garantie pour le chat… 80% d’un loyer pour la société de garant… 1 demi-loyer de frais d’agence… Des frais d’assistance 24h/24 (si vous perdez vos clefs la nuit, par exemple. On sait jamais, hein ?)… Des frais pour débarrasser l’appartement des éventuels insectes et parasites… Soit 750 000yen (ndlr : environ 6 170euros).

– Ari & Gâto : …aouch.

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– Agent 1 (qu’on surnommera ‘requin 1’) : Ari-san ? Je vous téléphone pour vous prévenir que la société de garant va vous appeler lundi. Le problème, c’est qu’ils n’acceptent QUE les clients parlant japonais. Mais comme c’est votre mari le signataire, c’est lui qui devra répondre… Comme il ne parle pas japonais, je vous conseille d’être ensemble au moment de décrocher et de mettre le haut-parleur. Ainsi, vous pourrez entendre leurs questions et souffler les réponses en douce à votre mari. Ca va aller ?

Ari : Euh… J’espère…

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– Agent 2 (Parce que l’agent 1 nous tapait sur les nerfs) : Pourriez-vous m’indiquer l’appartement que vous pensiez louer, et avec quelle agence ?

_Nous lui indiquons_

– Agent 2 : Oh je vois… Au cas où, saviez-vous que l’immeuble d’en face était un Love Hôtel ? Ca ne vous dérange pas ?

– Ari & Gatô : … un love hotel !? Ah non, l’agent n’a pas pris soin de nous prévenir. Cet appart’ a l’air beaucoup moins bien, d’un coup…

– Agent 2 : Et pour le devis, je pense qu’il a un peu abusé… Certains frais ne sont pas indispensables. Il a clairement gonflé l’addition. Et vous avez raison, c’est rare les appartements modernes sans air conditionné. Ca vous aurait coûté très cher d’en acheter vous-même.

– Ari & Gâto : C’est bien ce qu’on pensait. Merci de votre franchise.

– Agent 2 : Je vais voir ce que je peux vous proposer d’autre… sans frais bonus !

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– Agent 1 (le retour) : Ari-san ! Je vous téléphone car je viens de voir votre email d’annulation. Que s’est-il passé ? (…) Ah, un Love Hotel en face ? Ahaha, あぁそうか… agent immobilier_petit rire agaçant_ Très bien, allons chercher autre chose ! Vous pourriez repasser la semaine prochaine ? Ah, vous visitez d’autres logements ce week-end ? Avec qui ? (…) Mais vous savez que nous sommes les leaders dans Kyoto ! Nous proposons le choix le plus large… Alors, on se voit quand la semaine prochaine ? (…) Ah vous me recontacterez dimanche pour me dire si vous signez ailleurs ou pas… Très bien. Mais je reste certain que vous ne trouverez pas mieux ailleurs. A dimanche alors.

L’Agent 1 nous a alors harcelé de coups de téléphone le samedi matin avant nos visites (je n’ai pas répondu) puis le dimanche soir, après l’envoi de mon e-mail pour dire qu’on avait trouvé ailleurs (je n’ai pas répondu non plus).

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– Agent 2 (ou ‘requin 2’) : Alors, pour l’appartement choisi, il vous faut donc un garant japonais ou possédant un VISA permanent… Et pour le devis : La part de loyer pour juin… Le loyer de juillet en entier… 1 mois de Garantie… 1 mois et demi de frais de clef (ndlr : cadeau de remerciement pour le propriétaire)… 1 demi-mois de loyer de frais d’agence. 1 tiers de loyer pour la société de garants. Donc… 850 000yen au total (ndlr : environ 7000 euros).

Ari, Gatô : _gloups_ Très bien.

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– Déménageur 1 (La société s’appelait « Ari-san ». Autant dire qu’ils partaient gagnants) : Bonjouuur ! Tenez, voici un petit cadeau de la part de notre société (ndlr : un sac contenant des magazines, catalogues de meubles, des coupons de réduction, du produit vaisselle et de la lessive). Pourriez-vous me montrer les affaires que vous souhaitez déménager ?

_On lui montre_

– Déménageur 1 : Ah très bien. Vous aimeriez déménager le 12, c’est bien ça ?

_Déménageur 1 téléphone à un chauffeur pour vérifier ses disponibilités._

– Déménageur 1 : Oui, c’est possible. Le 12 au matin. J’estime le coût total à 34 000 yen (ndlr : 280 euros) Qu’en pensez-vous ?

– Ari (qui a bien appris sa leçon): mm…  Je ne sais pas. Une autre compagnie proposait des tarifs à environ 10 000yen de moins (note: ceci n’est pas du  bluff. Mais la qualité de service semblait beaucoup moins bien). Pourrait-on supprimer certains services pour réduire le prix ? Oh, et serait-il possible de déménager l’après-midi plutôt ?

– Déménageur 1 : Ok… Attendez.

_Déménageur 1 re-téléphone à son chauffeur._

– Déménageur 1 : Ok pour l’après-midi aussi ! Et vous savez quoi ? C’est moins cher l’après-midi (ndlr : ah, tiens donc ?)! Et si on enlève certains services, tels les emballages spéciaux pour vêtements et chaussures, ça nous amène à 24 000 yen (200 euros).

– Ari : Oui, c’est mieux ! Je vous recontacte dans 2 jours après la visite d’une autre société.

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– Déménageur 2 (de la société 0123. Un nom facile à retenir.) : Alors… Avec toutes vos affaires, ça ferait 35 000yen (ndlr : 290 euros). Ca marcherait pour vous ?

– Ari : mm… Une autre agence m’a proposé un devis à 24 000yen il y a 2 jours…

– Déménageur 2 : Je vois. Ok, attendez…

_il passe un coût de téléphone_

– Déménageur 2 : Ok. Et si je vous fais un devis à 23 000, c’est bon (190 euros) ? 1 000 yen de moins que la société Ari-san.

– Ari : parfait ! Je signe où ?

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Après avoir bien fait saigner le compte bancaire, nous sommes donc les heureux locataires d’un superbe 90m2 au nord-est de Kyoto, et bientôt d’un adorable chaton sibérien.

Conseil à tous ceux qui se lanceront dans une recherche d’appartement au Japon : faites des économies. Pensez à vous trouver un garant. Si vous ne parlez pas japonais, trouvez quelqu’un pour vous accompagner (dans mon histoire, seul ‘Agent 2’ était capable de parler anglais. Plus ou moins…). Faites des économies (bis). Ne vous contentez pas d’une agence mais faites en plusieurs, et prévenez-en les agents. N’hésitez pas à négocier les coûts. Ne soyez pas trop pressés, prenez le temps de regarder ce qui existe et à quels prix/conditions.

Faites des économies (beaucoup !).

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Quelques liens pour ceux qui veulent contourner le système infernal des agences immobilières classiques :

Hachise : ils proposent des machiya (maisons traditionnelles) en location ! Souvent ‘boroboro’ (vieilles et parfois bancales) avec un loyer très raisonnable, parfois rénovées et magnifiques pour un loyer beaucoup moins raisonnable, elles ont toutes du charme. Le gérant est très sympa et ne cherche pas à faire de l’argent.

Logements sociaux : appelés « apparts UR (Urban Renaissance) », ils sont tenus par une boîte mi-privée mi-gouvernementale. De fait, ils ne prennent ni frais d’agence, ni ‘frais de clef’ (cadeaux aux proprios), n’exigent aucun garant, et leurs loyers sont très bas. Pourquoi n’a-t-on pas choisi cette solution ? Simplement car on n’a trouvé aucune annonce dans la zone de Kyoto qui nous intéressait. Mais pour peu que vous ne soyez pas difficiles sur l’endroit…

– *Logements pour étrangers : Pendant mes précédents séjours à Kyoto, je suis toujours passée par Kyoto Apartment. Ils proposent des logements privés ou partagés entre 7 et 30m2, meublés et tous frais compris (internet, eau, gaz, éléctricité). La garantie est vraiment raisonnable et il n’y a que 3 semaines de préavis de départ. Pour un célibataire ou comme solution temporaire, c’est parfaitement viable. Le staff est adorable.

Aaaaaaaaaaaaah, C’est FINIIIII !

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L’étonnant pouvoir des bouteilles en plastique

Elles sont partout. Le long des murs, des pots de fleur, des parkings… Les bouteilles en plastique ! Format 1 litre, pleines ou à moitié, couchées ou debout, parfois ficelées à des poteaux… POURQUOI ? Ary et Gatô ont mené l’enquête pour vous…

Parmi tous les mystères inhérents au Japon, il en est qui déconcertent même les locaux. C’est le cas des bouteilles en plastiques, difficiles à rater lorsqu’on ne fait que quelques centimètres de haut. Gigantesques miroirs déformants, elles s’alignent le long des temples, immeubles et maisons. Elles encerclent parkings et chantiers de construction. Elles ornent jusqu’aux jardins et pots de fleurs… Mais à quoi servent donc ces rangées de bouteilles moches ?

Les premières que j’ai croisées se trouvaient aux pieds d’un petit autel bouddhiste de quartier. Une dizaine de bouteilles pleines, debout contre le bois. Je passais devant chaque matin, faisant des grimaces à mon reflet dilaté. Je les prenais alors pour une énième superstition, à l’image des tasses de thé vert et canettes de bière qu’on laisse près des tombes à l’intention des défunts . Ou comme des barrières de protection contre les mauvais esprits… Au choix.

Et puis un jour, j‘ai demandé confirmation à un papi japonais passant par là. Tout mon univers a volé en éclats lorsqu’il m’a expliqué que ces récipients ne servaient qu’à… éloigner chiens et chats.  Et à protéger le bois (ou les fleurs. Ou les murs. Ou les poteaux) de leurs griffes et déjection. La lumière se reflétant dans le plastique leur ferait peur… Apparemment. Ce jour-là, j’étais au moins aussi déçue qu’en apprenant que ce n’était pas vraiment la mer qu’on entendait dans les coquillages…

La fameuse photo des profanes

Quelques années plus tard, mon fiancé Gatô m’a redonné espoir en me montrant une photo prise à la dérobée : une bande de petits vieux pompant des litres d’eau d’un bassin sacré ! Installés à l’orée du temple, ils avaient poussé l’offense jusqu’à fixer un tuyau à la fontaine pour remplir facilement une bonne dizaine de bouteilles. On ne les voit pas sur la photo, mais ils avaient déjà stocké la moitié de leur butin dans leurs paniers de vélo… Je savais que les petits vieux japonais n’avaient honte de rien (ou pas grand chose), mais là mes antennes n’ont fait qu’un tour.

A ce stade, l’explication de mon papi ne tenait plus. Il y avait décidément fourmi sous roche ! Une vraie dimension sacrée à ces bouteilles alignées… J’en étais certaine ! Intrigués, Gatô et moi avons ouvert l’enquête et accumulé les témoignages visuels et oraux (toutes les photos de cet article ont d’ailleurs été prises par nos soins. Je vous laisse imaginer la perplexité des locaux en nous voyant prendre ce genre de clichés…).

Hisao-san, un ami japonais, a réfuté toutes nos théories. D’après lui, ces récipients ne sont placés là que pour arroser les plantes (et il a raison sur le fait qu’on en trouve souvent près des pots de fleur). Serait-ce donc la version japonaise des arrosoirs ?  Ceci expliquerait pourquoi certains sont à moitié vides.

Mais alors, à quoi servent celles qui longent les parkings ou les chantiers de construction ? A hydrater les quilles ?? Pas très convaincant… À ce stade, je continuais à penser que c’était pour éloigner les mauvais esprits.

Une autre Kyotoïte rencontrée au hasard des rues nous a reparlé de la théorie des chiens et chats, ajoutant que ces bouteilles, en plus d’être inefficaces, gâchait inutilement le paysage. En cherchant (en japonais) sur internet, on s’est aperçu que beaucoup de personnes partageaient son point de vue, avec quelques variantes. Par exemple,  si un chat gratte une bouteille (plutôt que le mur derrière), les éclaboussures le feraient fuir…

Le long des quilles…

Nous nous étions presque résignés à accepter cette absurde réalité… Quand Gatô a finalement mis la patte sur une explication beaucoup plus logique que les autres ! Un japonais avançait que ces bouteilles servaient (à l’origine) de réserves d’eau de secours en cas de tremblement de terre. Si les tuyaux d’eau sont touchés et cessent de fournir de l’eau courante, les rayons de boisson des magasins seraient aussitôt vidés, et ces bouteilles seraient là comme une solution de secours. Son père en stockerait plein dans son appartement. Et les habitants des maisons les entreposeraient dehors… Néanmoins, j’ai quelques doutes sur l’hygiène et le caractère potable de cette eau laissée au soleil si longtemps… Et s’il avait raison, il me semble étrange que si peu de personnes soient au courant de cette mesure de sécurité.

En creusant un peu plus, nous sommes parvenus à retrouver l’origine de la fameuse théorie des chiens et chats. Tout aurait commencé avec une vieille émission TV (des années 90) au cours de laquelle une japonaise expliquait comment elle avait résolu son problème d’animaux errants, provoquant un effet boule de neige chez les spectateurs.

Beaucoup s’accordent à dire que seuls les gens qui n’aiment ni ne comprennent les animaux le font_ sinon, ils sauraient que çne fonctionne pas. Certains témoignages se moquent gentiment en racontant qu’ils avaient déjà vu des chats se frotter en ronronnant contre ces bouteilles… D’autres pensent que cette technique marche peut-être la première fois qu’un animal en croise, mais qu’à force d’en voir partout, il s’habitue et n’y tient plus compte. D’autres se mettent en colère, disant que c’est une insulte à l’intelligence des chats.

Nous avons enfin exposé le problème à notre amie Shion. D’après elle, toutes nos théories étaient fausses, et seulement 25 % des gens s’imaginent que c’est pour repousser chiens et chats. 25 % pour d’autres raisons (voir les liens ci-dessous)… Et 50 % le feraient par simple imitation. Mais la vérité, c’est que personne ne sait vraiment. Ni d’où ça vient, ni pourquoi. « Les gens sont des moutons », disait-elle. « Ils font juste comme tout le monde ».

Pour l’instant, le mystère reste entier. Mais si vous avez une opinion ou votre propre théorie sur le sujet, nous serions ravis de l’entendre ! 

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Un forum avec divers avis et témoignages :

https://www.japan-guide.com/forum/quereadisplay.html?0+85369

« Beaucoup de choses sont faites par habitude plutôt que par raison, j’imagine »

« Ca descend aussi la température du trottoir et l’air autour d’un degré ou deux. »

« J’ai lu quelque part que c’était pour que les voyageurs puissent boire, et ainsi ne pas déranger les habitants en frappant à leur porte. C’était sans doute une mesure de sécurité d’autrefois, qui me semble assez raisonnable. »

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En anglais, sur la théorie des chiens et chats :

http://jpninfo.com/12313

« There are many who completely disagree with the reasoning that water bottles act as cat repellents. Also, as many people have started doing this, cats now seem immune to the water bottle effect. Some cats just sit in front of the houses anyway without moving even at the sound of a honking horn. »

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Un japonais provoque un incendie en posant des bouteilles devant chez lui :

https://www.japantimes.co.jp/news/2005/05/19/reference/pet-bottles/?fbclid=IwAR1UwIgwEgID_gMh3CKU4YU0tIGx-mGNP2q-oiD1BZXP_v4VuyYqn2gXBw4#.XE0jZ0UzbOR

« So those PET bottles on your neighbor’s wall are ineffective, and an eyesore, but if that hasn’t got you hot under the collar, consider this: a man in Takamatsu, Kagawa Prefecture, bothered by cats, put out a nekoyoke bottle. One morning the water in the bottle acted like a magnifying glass, focusing sunlight onto a single point on his house, causing it to burst into flames. The resulting fire destroyed the shutters and eaves of his house, then jumped and consumed the neighbor’s veranda.  »

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Pas le temps de niaiser pour les enfants nippons !

   Parce qu’on ne devient pas salaryman en un jour, les petits japonais possèdent déjà des emplois du temps de ministre. Debout à 6h, couchés entre 22h et 0h, ils jonglent entre l’école, les clubs d’activités, les cours privés, la préparation aux concours… Pas le temps de s’ennuyer, peu de temps pour jouer. Voici un petit aperçu de leur quotidien !

En Europe, on considère souvent « l’enfance » comme une période bénie où, certes on va à l’école et on apprend, mais surtout, on profite de la vie, de la famille, on joue, on découvre et on se fait des amis.

Ici au Japon, on ne laisse que peu de temps libre à l’enfant pour jouer ou se détendre. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, la plupart des petits japonais s’en accommodent très bien ! Après tout,  pourquoi notre système serait-il forcément meilleur ?

   Alors oui, les enfants japonais sont épuisés. Oui, il n’est pas rare qu’ils s’endorment en cours (et d’ailleurs, les professeurs les laissent souvent faire, considérant qu’ils seront plus attentif après quelques minutes de sommeil). Pourtant, loin de se plaindre, ils semblent apprécier et même réclamer ces activités extra-scolaires. D’ailleurs, en quoi consistent-elles exactement ?

Commençons par les clubs d’activités : ils se déroulent après la classe (entre 2 à 5 heures par jour !), et se poursuivent parfois les week-ends ou vacances. Il peut s’agir d’un sport, d’un art martial, de musique, de cuisine, de dessin, de calligraphie… Il est mal vu de ne participer à aucun car c’est ce qui permet à l’enfant d’intégrer certaines valeurs propres à la société japonaise (esprit d’équipe, dépassement de soi, bonnes manières, respect des ainés…) et de lui donner l’occasion de créer des liens de confiance et de coopération avec les profs (responsables des clubs). Il est intéressant de constater que pour certains élèves, les clubs sont aussi ce qui donne du sens à l’école.

Ensuite, dès la primaire, beaucoup d’enfants nippons fréquentent un juku (école de bachotage) un à plusieurs soirs par semaine. Ces cours permettent de pallier au niveau moyen et à la trop grande uniformisation du système scolaire officiel. Ils les aident aussi à se préparer aux concours d’entrée des écoles bien réputées (primaires, collèges, lycées, universités…) où la concurrence est féroce.

   Les juku ne se limitent pas au bachotage. Il en existe toute une gamme allant des cours de langues, de musique, d’art ou autres. C’est un véritable marché qui a explosé dans les années 1970 (au moment où la situation économique a permis aux familles d’investir dans l’éducation des enfants) et qui ne cesse de grandir et se développer. Parmi les statistiques intéressantes : en 2008, 40% des élèves d’école primaire et 77 % des lycéens aurait fréquenté un juku au moins une fois.

Ce qui motive autant les enfants (après tout, c’est une école après l’école…), c’est souvent leur attachement aux profs de juku, qu’ils trouvent bien plus sympas, intéressants et encourageants que ceux du système d’éducation officiel. L’ambiance est cool et ils apprennent en s’amusant. Beaucoup de petits nippons choisissent d’y aller pour rejoindre un ami ou s’en faire de nouveaux.

D’autres veulent éviter de prendre du retard ou souhaitent avoir de meilleures perspectives d’avenir. Certains le font pour ne pas décevoir leur famille. D’autres parce que leurs parents travaillent tard et qu’ils trouvent angoissants de rentrer dans une maison vide… D’autres enfin ont juste le béguin pour un des instructeurs/trices !


Ary est donc allée mener sa petite enquête auprès d’une dizaine d’enfants pour leur faire parler de leur quotidien :

– Bonjour, moi c’est Yudai ! J’ai 11 ans. Tous les samedis, j’ai 3h de cours et pratique d’anglais. Chaque dimanche j’ai un cours de guitare et une semaine sur deux, un cours de langue française. Les dimanches après-midi, je fais tous mes devoirs. Et la semaine, j’ai aussi des cours de ping-pong et de natation. Je dois bientôt passer un examen d’anglais et un autre de Kanji, alors je dois me préparer à ça aussi. J’ai pas vraiment le temps de jouer… Ni de bien pratiquer la guitare. Je suis fatigué, oui. Mais ça va quand même !

– Bonjour. Je m’appelle Akira et j’ai 9 ans. J’ai école de 8h à 15h. Après ça, 4 fois par semaine, ma mère m’emmène au juku où je reste jusqu’à 19h environ. J’y prends des cours de japonais, boulier, anglais, maths et quelque chose qu’on appelle « puzzle ». J’aime bien aller au Juku. J’y ai beaucoup d’amis ! Parfois, c’est difficile mais je fais de mon mieux.

– Salut ! Moi, c’est Minako. J’ai 9 ans et je suis l’amie d’Akira. Avant je venais comme elle 4 fois par semaine au juku, mais j’en ai eu marre donc maintenant je prends seulement des leçons d’anglais. C’est pour passer plus de temps avec ma famille que j’y vais moins.

– Salut ! Nanako, j’ai 7 ans. Après l’école, je vais au juku 4 fois par semaine. J’ai plein de cours différents : anglais, japonais, math… Tout ça jusqu’à 18h30 environ. J’ai de bonnes copines ici.  Des fois, c’est difficile. Les tests en anglais par exemple. Mais je m’amuse bien !

– Bonjour, je m’appelle Kai. J’ai 10 ans. Je vais au juku 2 fois par semaine où je prends des leçons d’anglais pendant 2 ou 3h. J’y vais parce que ma mère est stricte et j’ai pas trop le choix.

– Moi, c’est Takashi. J’ai 12 ans. Je fréquente le juku depuis tout petit. En ce moment, j’y prends des cours d’anglais et je prépare un concours d’entrée au collège. Je suis fatigué car on étudie de 17h30 à 20h30, deux fois par semaine, en plus du samedi où je dois rester tout l’après-midi pour passer des examens blancs.

– Moi, c’est Shinchi. J’ai neuf ans. Je vais au juku chaque lundi pendant 2h. Le week-end, j’ai football. Samedi et dimanche, toute la journée. Le lundi je suis crevé et j’étudie pas trop. Alors les profs se plaignent… Avant j’allais au Juku beaucoup plus souvent, mais c’était trop fatigant donc j’ai arrêté.

– Salut, c’est Kiyoko ! J’ai presque cinq ans. En ce moment, j’y suis de 15h jusqu’à 17h30 environ, 4 fois par semaine, pour des cours d’anglais et de musique (violon et piano).

En plus de ces témoignages, on peut ajouter que les cours de juku coûtent souvent très cher aux familles, et toutes ne peuvent pas se le permettre, ce qui déséquilibre un peu l’égalité des chances… D’un autre côté, le niveau d’exigence des parents est bien plus élevé qu’autrefois (surtout depuis la baisse de natalité), et les concours d’entrées ne sont pas moins sévères. L‘univers des enfants japonais tourne donc autour de ces institutions, laissant très peu de place à l’oisiveté et l’insouciance. En contre-partie, ils y acquièrent le goût de l’effort, la discipline, le savoir-vivre et l’esprit de groupe propres à la société japonaise.

Et vous, que pensez-vous de cette façon d’éduquer les enfants ?

Pour creuser davantage le sujet, voici une série de liens intéressants (en plus de ceux intégrés à l’article) :

https://journals.openedition.org/dse/489

« L’enquête montre que la fréquentation d’un juku a toutefois des conséquences plus « contrastées » sur l’aspect social et relationnel de la vie des écoliers. Si 69,3 % de ceux-ci déclarent avoir augmenté le nombre de leurs amis hors de l’école, ils sont 71,3 % à affirmer ne plus avoir le temps de s’amuser avec leurs camarades d’école. Dans le même ordre d’idée, 59,3 % affirment qu’ils n’ont plus de temps pour faire « ce qu’ils ont envie de faire », et 35,3 % qu’ils n’ont plus la possibilité de prendre leur dîner en famille. »

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https://dozodomo.com/bento/2017/02/10/juku-necessite-educative-business-florissant/

« L’ ambiance décontractée des juku, aux antipodes du système scolaire classique, compte parmi l’une des raisons pour lesquelles les juku sont si populaires au Japon. »

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https://www.tofugu.com/japan/japanese-cram-school/

« Now, you may think I’m a bit of an oddball because I actually liked juku (cram school), but I’m not the only one. I interviewed some people who attended cram schools when they were younger and I found that every single one of these girls really enjoyed going, at least in retrospect. »

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Ode aux petits vieux

Qu’elles sont chou, ces petites mamies en kimono courbées sur leur caddie ! Et ces grands-pères sans gêne qui ne ratent jamais une occasion d’exercer leur anglais… On parle souvent des japonais âgés sous un angle négatif (solitude, maltraitance, fardeaux de la société). J’aimerais aujourd’hui vous les présenter sous un autre jour, au fil d’anecdotes.

« May I help you ? » (Puis-je vous aider ?)

3e jour au Japon, deux petites fourmis perdues dans la gare bondée de Kyoto. Gato et moi (Ary) cherchons notre chemin tout en évitant de disparaître sous la chaussure de quelque voyageur pressé. C’est là qu’un papi japonais tout rabougri s’abaisse à notre hauteur pour nous proposer son aide d’un anglais chevrotant.

Attendris, nous lui montrons la carte. Il nous pointe une direction. Au cas où l’on se perde sur ces quelques mètres en ligne droite, il décide alors unilatéralement de nous accompagner.

Il est gentil. Mais il marche lentement. Siiii lentement, qu’on finit par s’incliner bien bas pour le remercier et poursuivre notre marche en solo. Il semble déçu, mais nous dit au revoir en souriant.

Le papi gênant

Notre vraie place au resto.

Jour 4. Restaurant de Sukiyaki sur la rue Teramachi. A genoux sur des zabuton, notre place est délimitée par de petits paravents de bois. A peine installés qu’un petit vieux sur le départ se glisse jusqu’à nous et engage la conversation : « nineteen ». « Thirty ». « Old » « This place ». (« 19. 30. Vieux. Cet endroit »). Nous comprenons _non sans mal_ que cet établissement existe depuis 1930. Il nous indique ensuite dans un anglo-nippon approximatif  qu’il connaît un resto de Sukiyaki encore meilleur que celui-ci : « Saikô ! » (« Il est exceptionnel »). Ravis, on lui tend un carnet pour qu’il y inscrive le nom. Le papi s’exécute et pousse le zèle jusqu’à nous dessiner un plan du concurrent.

Il ne se décale pas d’un centimètre lorsque la serveuse _une petite mamie_ lui signale qu’elle a besoin de la place d’un « sumimasen » agacé (« excusez-moi »). Papi l’ignore superbement et s’applique à tracer des lignes à peu près droites (sans grand succès). Quant à la serveuse, elle se cale contre lui sans le regarder, le pousse discrètement, puis allume le réchaud d’un air pincé.

Une fois terminé, le vieux nous rend le carnet d’un sourire. La serveuse lui indique alors froidement la direction de la caisse, où il se dirige sans broncher pour payer son dû.

Fais ce que je dis, pas ce que je fais

Jour 5. Un soir, dans la rue. Gato me souffle à l’oreille : « Hey, c’est pas interdit de fumer dans la rue ici ? » au moment où un papi nous croise en scooter à 2 à l’heure, une cigarette au bec. « Si, c’est interdit ».

Je m’ennuie. Parle-moi !

Jour 13. Dans un train de campagne allant de Tanabe à Osaka. Un grand-père à l’air ronchon s’assied côté couloir, proche de nous, et commence direct à baragouiner quelque chose en anglais à mon compagnon. Gato, qui n’a pas envie de discuter-là-tout-suite, lui répond sommairement, puis se tourne vers moi, l’air très absorbé par ma conversation. Le petit vieux sur son siège se met alors à s’agiter, puis à bâiller ostensiblement _et bruyamment_ pendant une bonne heure pour attirer son attention, puis finit par s’endormir, son bob lui glissant sur les yeux.

Mamie-sensei

2 ans avant, 1er resto de sushi au Japon pour Gato  : « Tous les clients sont alignés au bar. En bons européens, moi et mon ami commençons à empoigner nos sushis à la baguette, puis à les tremper dans la sauce avant de croquer dedans.

On aperçoit bientôt les regards horrifiés de la petite mamie assise à côté. Elle tente de nous parler, puis réalise qu’on ne comprend pas sa langue. Elle passe alors par le geste en nous montrons la bonne façon de faire : tourner le sushi sur le côté avant de le saisir, puis le faire pivoter de façon à ne tremper que le poisson dans la sauce. On la surprend ensuite à nous observer pendant tout le repas. Elle aimerait sans doute discuter, mais la barrière de la langue nous empêche de le faire. »

« Ils aiment s’approprier les espaces où ils vont souvent »

Même son de cloche avec mon amie « Nono » _une française, ancienne collègue à moi_ qui habite maintenant à la campagne. « J’aime bien les petites vieilles aussi. J’ai même mon petit club de mémères ! Elles sont sœurs et se rencontrent tous les jours au supermarché du coin. Elles parlent à tout le monde et repèrent tout de suite les nouvelles têtes. Quand elles ont vu que je revenais, elles ont commencé à me taper la discute. C’est comme ça à chaque fois que je les croise.

Y’a un vieux monsieur qui aime bien s’incruster et venir me parler. Mais le groupe de petites dames le trouvent louche… Y’ en a d’autres qui m’interpellent pour me dire « きれいだなあ » (kirei da naa => « que vous êtes jolie ! ») mais je pense qu’ils ont un grain…

De façon générale, j’ai l’impression qu’ils aiment bien s’approprier les espaces où ils vont souvent. C’est pour ça que dès qu’il y a un nouveau, ils le remarquent tout de suite.

En ville par contre, il leur arrive parfois de pousser les gens. Une fois dans un bus, une petite mamie a attrapé une dame, et l’a fait bouger dans un coin. J’étais un peu choquée ! Je me souviens aussi de ce vieux monsieur qui prenait toute la place dans les escalators alors que j’étais pressée. Je voulais descendre rapidement et lui ai dit « sumimasen » trois fois. Là il m’a hurlé « MAIS C’EST INTERDIT DE MARCHER DANS LES ESCALATORS » en japonais. Pareil, j’étais un peu sonnée ! »

Conclusion

Par rapport au reste de la population, la 3e génération semble donc se démarquer par leur attitude plus relâchée et spontanée. Parfois c’est positif, comme cette aisance à parler avec des inconnus, avec chaleur, générosité et franchise à la fois. D’autre fois, c’est un peu gênant lorsqu’ils se mettent à ignorer certaines règles de société, sans cesser de se comporter en donneurs de leçons. De drôles d’oiseaux, en somme.

Il n’empêche, je les aime bien, ces petits vieux japonais ! Ils me font rire, et m’attendrissent aussi. J’apprécie le fait qu’ils soient beaucoup plus accessibles que la plupart des locaux, qu’on parle japonais, ou non ! J’admire aussi leur énergie, car la plupart sont très actifs : voyages, activités manuelles et sportives, poursuite du travail, bénévolat… Ils ont aussi le cœur sur la main.

Hélas, comme le prouvent les quelques articles ci-dessous, ce sont aussi des personnes très seules et isolées.  Leur famille se désengagent souvent de leurs responsabilités par rapport à leurs parents âgés, leur rendant très peu _voire pas du tout_visite. Les cas de maltraitance à leur égard ne sont pas rares non plus.

Raison de plus pour aller vers eux, leur sourire, leur parler un peu. Apprendre à les connaître. Ils n’en demandent souvent pas davantage.

Liens divers

http://www.lefigaro.fr/international/2009/10/26/01003-20091026ARTFIG00440-le-japon-sous-le-choc-argente-des-seniors-.php

« Les travailleurs âgés, on les voit partout dans Tokyo. Portiers, distributeurs de tracts, artisans, et même cadres dans les entreprises. (…) Tous étaient salariés et veulent continuer à travailler. Certains parce qu’ils en ont besoin pour compléter une retraite trop maigre, d’autres parce que c’est une façon de ne pas être seuls »

https://www.la-croix.com/Monde/Au-Japon-coule-vieux-jours-heureux-travail-2016-03-02-1300743699

« Je ne sers à rien en restant chez moi à me tourner les pouces », décrète l’octogénaire, ancien vendeur de bonbons dans un grand magasin. « Je travaille pour garder la forme ».

https://www.liberation.fr/planete/2015/05/17/ages-et-maltraites-le-fleau-japonais_1311117

 » Les agressions perpétrées dans des centres de soins et des maisons de retraite ont également augmenté. »

http://japanization.org/ladorable-amitie-entre-une-grand-mere-japonaise-et-son-chat-photographiee/

« La photographe Miyoko Ihara s’est laissée séduire par l’amitié d’une grand-mère et de son chat (…) Alors que la population japonaise connait un vieillissement  de sa population, les animaux de compagnies jouent un rôle de substitut à la solitude. »

https://japantoday.com/category/features/kuchikomi/elderly-peoples-manners-increasingly-deplorable

 » The elderly are developing atrocious manners. They are rude, pushy, selfish and loud-mouthed – not everyone, of course, he hastens to add; maybe even only a few – but the impression those few make really stands out. »

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Jamais 2 sans 3 – Japon, le retour !

Après deux ans à me geler les pattes au pays des longs hivers, le Japon m’appelle à nouveau. Comme une drogue. Ou plutôt, un 2e chez-soi qu’on n’arrive pas à oublier. Je quitte Montréal pour Kyoto dans une semaine, mon fiancé dans les valises, pour de nouvelles aventures au pays des sushis !

Mes cartons sont faits. Mes galeries souterraines lustrées, prêtes à accueillir la nouvelle locataire. Mais avant de sortir de mon pied-sous-terre montréalais pour m’envoler vers des cieux moins glacés, il me reste une dernière chose à faire : dépoussiérer ce blog, et faire coucou de l’antenne à mes anciens (et nouveaux ?) lecteurs. Êtes-vous encore là ?

Qu’il est difficile de garder l’inspiration lorsqu’on s’éloigne autant de son sujet. Plutôt que de continuer avec des banalités qu’on peut lire partout ailleurs, j’ai préféré attendre de fouler à nouveau le sol nippon et d’avoir du contenu plus croustillant à vous transmettre pour reprendre le clavier.

Comme avant, ce blog n’est pas destiné à devenir un journal de notre quotidien. Ce qui ne m’empêche pas de vous résumer les grandes étapes de notre voyage : nous serons surtout basés à Kyoto, avec un passage à Tokyo en décembre et Fukuoka en avril. Nous commençons par un mois de vacances et de vagabondages, puis nous travaillerons à distance pour le Canada, en tant que développeurs web (car oui, j’ai changé de métier entre temps !)

Parmi les étapes importantes, un pèlerinage dans les méandres de Wakayama (Kumano Kodo, image ci-dessus), et un mariage à Kyoto en mars (où les invités seront priés de passer un kimono pour y assister, qu’ils soient français, japonais, canadiens, humains ou fourmis).

C’est à Kyoto que j’ai rencontré Le mâle. C’est donc là qu’on revient y célébrer notre union, après 2 ans passés au Canada (là où je comptais partir, et là où il vivait déjà comme expat’ français avant de me connaître. Parfois, la vie fait bien les choses).

Retour aux sources, donc. Reprise de la plume. Et avec elle, des histoires loufoques à la japonaise !

J’espère que vous êtes toujours là pour me lire. Et je vous prie de m’excuser pour cette longue parenthèse.

La fourmi est de retour.

Accompagnée, cette fois.

Avouez, ils vous avaient manqué, mes dessins moches. 😉

 

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Idols, rejetons d’un monde qui ne tourne plus très rond.

Loin, très loin de nos stars occidentales, les idols japonaises tiennent davantage de la déesse que de la chanteuse. Elles font l’objet d’un véritable culte de la part d’un public majoritairement masculin. Inadaptés sociaux, reclus de la société ou anxieux maladifs et solitaires, ces derniers révèlent à eux-seuls le malaise profond gangrénant la société nippone.

« Ce n’est pas une tendance. C’est une religion.» Ainsi commence le film-documentaire TOKYO IDOLS que moi, petite fourmi, ai eu la chance de visionner lors d’une projection de presse.

Selon wikipédia, les idols sont de « jeunes artistes souvent très médiatisées, à l’image gaie et innocente (…) sous contrat pour une durée limitée pendant quelques mois ou années.»

    Néanmoins, après quelques recherches sur le sujet, je trouve cette autre définition plus proche de la réalité : « Une idole (ndl : religieuse) est une représentation matérielle d’une divinité qui fait l’objet d’un culte, comme la divinité elle-même.» On s’en rend compte dans le témoignage de certaines d’entre elles : « Mon chien m’a toujours idolâtré, mais je ne suis pas habituée à ce niveau d’adoration de la part des hommes.»

En effet, les idols japonaises n’ont rien à voir avec nos chanteuses occidentales. Leur popularité ne découle pas de leur talent, et la passion qu’elles inspirent n’a aucune mesure avec ce qu’on connaît. Il faut savoir que ces jeunes filles ne sont que des amatrices courageuses aux rêves démesurés, et certaines sont à peine pubères.

Alors, qu’est-ce qui les rend si populaires ? Comment cette industrie peut-elle générer 1.3 milliards de dollars (environ 1.1 milliard d’euros) l’année ? Et qu’est-ce qui peut bien justifier qu’on dépense 1350 € par mois en concerts et produits dérivés, comme ce cinquantenaire japonais ? Ca vous entortille les antennes, hein ?

Selon Kyoko Miyake, la directrice du film TOKYO IDOLS, ces jeunes filles souriantes répondent à une sorte de ‘little girl fantasy’. En effet, « les hommes japonais aiment les femmes encore en développement. Ils apprécient leur innocence, leur fragilité, leur pureté, mais aussi leur capacité à leur apporter du réconfort par leur joie de vivre et par certaines paroles récurrentes de leurs chansons _par exemple : ‘tu n’es pas seul, tu es génial tel que tu es’.

   C’est sans doute lié au fait qu‘ils portent toujours en eux l’idéal de la femme japonaise traditionnelle _dont le rôle est de prendre soin des hommes et de les mettre à l’aise. Du coup, comme le dit ce créateur de musique : « ils ont peur que ces fillettes, dont ils vénèrent la pureté et la virginité, ne deviennent des femmes fortes en prenant de l’âge » à l’image des japonaises émancipées de notre époque, qui les intimident. On peut expliquer ce comportement par « la faible estime de soi des hommes japonais d’aujourd’hui_causée par une économie qui stagne depuis longtemps. Ils se sentent donc plus en confiance avec des filles qu’ils peuvent encore dominer. » D’autre part, beaucoup pensent qu’ils devraient être aimés et appréciés sans avoir à faire d’efforts, comme au bon vieux temps.

Ce raisonnement se trouve confirmé par le témoignage de certains fans, qui préfèrent se réfugier dans l’univers fantasmé des idols plutôt que de s’encombrer d’une copine ou d’une épouse. « Une copine, c’est beaucoup d’ennuis, ça coûte de l’argent, et puis je préfère garder ma liberté », explique cet étudiant. « On ne reçoit pas d’attention particulière d’une idol, donc il n’y a aucune pression, et on n’a pas peur d’être rejeté », précise celui-ci. « J’ai aimé une femme autrefois, et j’ai mis beaucoup d’économies de côté pour l’épouser. Mais elle s’est mariée à un autre… Alors j’ai dépensé quasiment toutes mes économies pour soutenir une idol en devenir. J’ai dû assister à environ 700 concerts », raconte Koji, 43 ans.

Et pour certains fans (comme Koji) le courage et les efforts déployés par leur idol les a aidés à avancer dans leur vie : « En aidant Rio à réaliser son rêve de devenir idol, j’ai l’impression que je peux aller plus loin dans ma vie. J’ai notamment arrêté mon boulot médiocre de ‘salaryman’ pour lancer mon entreprise ! »

Les fans d’idols trouvent également un remède à la solitude au contact de leurs pairs : « Avec les autres fans, je n’ai pas à me soucier de positions hiérarchiques ou d’obligations sociales. Si je ne venais pas aux concerts, je serais sans doute toujours tout seul. »

   Ils trouvent aussi une forme de romance auprès de leurs idols. Certains fans possèdent des albums entiers de photos prises avec leur idol, lors des rencontres qui suivent les concerts live, et ils leur offrent des cadeaux. Quant aux poignées de main qu’ils échangent avec elles, il s’agit d’un contact très intime pour eux, presque sexualisé, au point qu’elles étaient interdites jusqu’à récemment. Néanmoins, tout est bien réglementé, et les fans ne se font aucune illusion par rapport à leur idol : ils savent parfaitement qu’il ne se passera jamais rien dans la réalité.

D’ailleurs, leurs fans sont pour la plupart de gentils associaux. Une maman d’idol les compare même à des papas-gâteau venus soutenir leur fille à un spectacle de danse. Ils inventent même des chorégraphies appelées wotagei (Quelques vidéos ICI et LA ) à réaliser en groupe afin de les encourager plus efficacement ! Ils ont presque l’air de retomber en enfance à leur contact. Et même si certaines idols sont souvent intimidées par ce public à leurs débuts, elles s’habituent assez vite : « Au début, j’étais effrayée (…) mais maintenant, je me sens plus détendue, car même s’ils ont l’âge d’être mon père, ils sont tous gentils. Je les considère comme mes enfants. Je les aime tous, et je veux qu’ils m’apprécient. »

   Pour les Québécois curieux, je vous conseille vivement d’aller visionner TOKYO IDOLS, qui sortira sur grand-écran le 28 juillet 2017 (Cinématèque Québecoise, Cinéma Le Clap, Cinéma du Parc). Et pour les français, le film sera peut-être diffusé à la TV plutôt qu’au cinéma (à confirmer).

   J’ai trouvé ce long-métrage très intéressant et même touchant, et j’ai vraiment apprécié qu’il sache rester dans la neutralité : il observe et analyse le phénomène des idols sans jamais porter de jugement, contrairement à la plupart des ressources qu’on peut trouver sur le sujet. En effet, on n’entend souvent parler des idols qu’à travers les agressions et les scandales, d’où les préjugés qu’on finit par nourrir à leur sujet. Et ça fait plaisir d’avoir une analyse plus neutre et approfondie de cet univers, qui dévoile des problèmes de société bien différents.

Pour en savoir plus sur les idols (leur historique, et le côté sombre de cette industrie) :

http://www.mandorine.fr/guide-pour-la-comprehension-des-japan-idols

https://www.kanpai.fr/societe-japonaise/idol-ou-femme-objet-japonaise

http://jpninfo.com/12837

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